Depuis l'année 1756 au cours de laquelle un incendie a détruit la salle de spectacle qui s'élevait sur les fossés de l'Hôtel de Ville aujourd'hui cours Victor HUGO, la ville de Bordeaux ne possède plus de Théâtre. Trois hommes vont conjuguer leurs efforts, malgré toutes les difficultés, pour donner à la capitale de la Guyenne un monument qui soit digne d'elle : le Maréchal de RICHELIEU, gouverneur de la province, le vainqueur de PORT-MAHON, DUPRE DE SAINT MAUR, intendant de la Généralité, Victor LOUIS, architecte.

Œuvre faste du XVIIIème siècle, siècle qui est celui de l'art architectural, affichant hardiment le triomphe d'un classicisme renouvelé de l'Antique, le Grand-Théatre de Bordeaux demeure, plus que jamais, en nos temps décadents et moroses, l'un des plus purs joyaux d'une époque fière.On a d'ailleurs tout dit, et redit, sur sa magnificence. N'est-elle pas majeure ? Cataloguée ? Immuable tout autant que ces authentiques chefs d'œuvre grecs ?

L'un des plus beaux parmi les théâtres d'Europe…..

Ne l'a-t-on pas copié ? Même à Paris ! Puisque le grand escalier de l'Opéra n'est que la réplique du sien : Quelle attestation de sa souveraine splendeur !

A la pureté de ses lignes extérieures, conçues à la manière des temples hellènes, tant propres à réjouir le cœur des archéologues et des friands de perspectives intégrales, le Grand Théâtre ajoute quelques appoints non négligeables : une salle de spectacle, évidemment << étroite >> parfois - rançon de son harmonie - mais incomparablement élégante, et chapeautée de surplus en grande coquette d'un plafond magistral, fardée des mille feux d'un lustre monumental de style parfaitement adapté aux modernes nécessités, voilée d'un immense rideau d'avant scène faisant rêver d'avance aux délectations espérées….

Le foyer est une autre merveille, universellement admiré.

Passons à la scène. Par un miracle des temps présents, elle peut réaliser, avec une stupéfiante ambiance d'atmosphère réelle, des présentations scéniques simulant à s'y méprendre la vérité naturelle, tant par la richesse de coloris inouïs que par la perfection des ciels les plus divers, qu'ils soient d'aurore ou de crépuscule, tourmentés ou sereins. Cela grâce à l'immense << Panorama >> vaste paravent rigide occupant la totalité du fond de la scène, véritable magicien d'une féerie changeante et diverse mais toujours étincelante.

La machinerie rénovée, les mille et une perfections permises par l'emploi judicieux et nuancé de la fée électricité, permettant des éclairages splendidement évocateurs, complètent un ensemble judicieusement coordonné, harmonieux et puissant, maître de tous les besoins de toutes les circonstances.

 

Les travaux du Grand Théâtre commencent en 1773.

 

 

En somme, âgé de 220 ans et quelques jours, puisqu'il ouvrit ses portes pour la première fois le 07 Avril 1780, le Grand Théâtre de Bordeaux, ayant défié les injures du temps, les méfaits des révolutions le mauvais goût des réformateurs trop hardis, porte allègrement son bel âge. Il peut à bon escient, sans jouer la comédie faire figure de jeune premier, fringant et cavalier parmi tous les temples de France, et même d'ailleurs, voués au sacerdoce de l'art.

Tour à tour Théâtre lyrique et Théâtre de comédie, exploité tantôt par des Directeurs, tantôt par des compagnies artistiques, tantôt en régie municipale, il est devenu le Grand Théâtre Municipal.

En 1871, il devient pour quelques semaines la salle des séances de l'Assemblée Nationale réunie à Bordeaux où le 1er Mars, SCHEURER-KESTNER donne lecture de la protestation des députés de l'Alsace et de la Lorraine contre l'annexion allemande, conséquence du Traité de Francfort.

A l'extérieur, le Grand Théâtre est demeuré ce qu'à voulu Victor LOUIS, avec sa façade et sa colonnade, inspirées de l'architecture des Temples de Grèce, dominées par douze statues, les neufs Muses et les trois Déesses, JUNON, MINERVE et VENUS, les unes de la main du sculpteur BERRUER, les autres de celle de TITEUSE et de VANDENDRIS. Le vestibule avec sa voûte à caissons et à rosaces, le grand escalier conduisant d'abord au grand palier, sur lequel s'ouvre la porte monumentale du premier étage, gardée par deux cariatides (1) de BERRUER, MELPONEME et THALIE, puis l'escalier se partage en deux rampes donnant accès au deuxième étage divisé en deux grands péristyles (3) décorés de colonnes ioniques (4) sur lesquels s'ouvrent la salle de spectacle, et la salle des concerts et du Foyer.

  • (1) cariatide = statue féminine servant de support architectonique (2) vertical
  • (2) architectonique = ensemble des règles techniques de l'architecture
  • (3) péristyle = colonnade formant portique autour d'un édifice ou de la cour intérieure d'un édifice, ou colonnade formant porche devant un édifice.
  • (4) ionique = ordre d'architecture Grecque apparu vers 560 av. J.-C., caractérisé par une colonne cannelée, élancée, posée sur une base moulurée, et par un chapiteau dont l'échine, décorée d'oves (5), est flanquée de volutes (6).
  • (5) ove = ornement architectural en relief, en forme d'œuf.
  • (6) volute = en forme de spirale.

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